Mourir à 33 ans à la Martinique pour l’indépendance des Etats-Unis
Le Fort Royal de la Martinique : Guillaume Le Duic de Locmiquelic, d’une ancienne famille de marins bretons royalistes (Sons of American Revolution)
A l’approche de la journée de commémoration des 250 ans de l’indépendance américaine, il importe de rendre un hommage familial public à ceux de nos proches qui ont participé à cet événement majeur de l’histoire mondiale et sont à l’origine de la création des sociétés françaises des Cincinnati et des Sons of American Revolution regroupant leurs descendants.
Né à Locmiquelic le 19 janvier 1747, Guillaume Le Duic est le fils posthume d’Honorable homme Julien Le Duic de Locmiquelic, capitaine, maître de chaloupe, refondateur de la branche aînée actuelle des Le Duic de Locmiquelic, la première, représentée par son grand oncle François vers 1697, s’étant éteinte à la 3e génération des ancêtres connus.
Cette très ancienne famille du Morbihan dont le patronyme originel breton pourrait être étymologiquement Ar ou An-du-ik signifiant en français « Le Petit noir ou Le Noirâtre », est réputée d’origine inconnue, faute de documents d’archives antérieurs au XVIe siècle. Mais selon son descendant Christian Duic, notre cousin du côté maternel, généalogiste de la famille et auteur d’un ouvrage primé1, son nom paraît surtout provenir d’un toponyme bien identifié qui est celui de l’ancien fief des sieurs de Boduic, « seigneurs ou chevaliers qui auraient pu combattre glorieusement », relevant de la châtellenie de Pontivy dans le duché de Rohan et signifiant « la résidence des Duic ». Dans ces lieux vallonnés, devait exister autrefois au sommet une maison forte taillée dans la fameuse pierre bleue de Cléguerec que l’on trouve toujours dans la chapelle et la fontaine antérieures au XVe siècle et dans la plupart des maisons et dépendances des landes voisines et hameaux de Kerenduic et Kerduic aux alentours, où sur la hauteur du rocher de Roduic.
Une branche de la famille installée à Landaul, indéfectiblement royaliste et très proche et alliée de la famille du grand général chouan Georges Cadoudal, transforma son nom en Le Duc en faisant disparaître le « i ». L’un d’eux, Michel Le Duc, fut gravement blessé lors du débarquement des émigrés royalistes à Quiberon, un autre, Ambroise, également chouan, du village voisin de Brech maria son fils Mathieu en 1788 à Perrine Cadoudal, née à la ferme de Kerleano, et mourut en 1795 à l’hôpital militaire d’Auray où il avait été placé après sa capture et ses blessures à Quiberon. Son fils aîné, Yves, déclara plus tard le décès de Julien Cadoudal, frère de Georges, assassiné en 1801. Plusieurs membres de cette branche devenue Le Duc s’expatrièrent dans l’émigration royaliste vers divers pays protestants notamment.
Quant au nom de terre de Locmiquelic, il vient indubitablement de l’île Saint-Michel et du prieuré à son nom faisant face au Port-Louis sur l’estuaire du Blavet. Un fait remarquablement symbolique est qu’entre le port et l’île repose depuis 1944 l’épave de l’Isère, ce navire à vapeur qui avait transporté la statue de la liberté à New-York en 1884.
Mort pour l’indépendance américaine des treize colonies anglaises à l’hôpital du Fort-Royal de la Martinique (aujourd’hui Fort-de-France) le 10 avril 1780 à l’âge symbolique de 33 ans, Guillaume Le Duic de Locmiquelic, maître de barque, s’engage à 30 ans, de janvier à novembre 1777, avec deux autres Le Duic, Jean-Thomas et Jean-Baptiste, à bord du Bien-Aimé, vaisseau de 74 canons commandé par le célèbre explorateur Louis-Antoine de Bougainville, faisant partie de l’escadre de 6 vaisseaux et 4 frégates armée à Brest sous les ordres du comte Du Chaffault pour aller défendre les colonies antillaises et les insurgents contre les Anglais mais dont le départ fut retardé au point qu’elle ne quitta pas la défense des côtes françaises.
Resté à disposition de la Marine, Guillaume naviguait depuis le mois de juillet 1779 sur la chaloupe canonnière le Vautour lorsqu’il embarqua comme matelot à Lorient le 1er janvier 1780 sur l’Intrépide, vaisseau amiral de 74 canons de la flotte commandée par M. Duplessis-Pascau en partance pour l’Amérique, qui avait déjà embarqué un Le Duic vingt-sept ans plus tôt en 1757 sous le commandement de Kersaint. Il gagne Brest où se forme l’escadre de Guichen composée de 16 vaisseaux, 4 frégates et 80 petits bâtiments qui quittent la France le 3 février pour assurer la protection du commerce des colonies antillaises et des navires américains leurs partenaires, mettre Saint-Domingue en état de défense et parer à une éventuelle attaque des Anglais. Cette escadre fusionne en pleine mer avec la division navale du comte de Grasse, puis arrive sans problème le lendemain 23 mars au Fort-Royal où elle débarque ses malades. Devenue forte de 22 vaisseaux, elle s’empresse de mettre le cap sur l’île voisine de Sainte-Lucie qui est occupée par les Anglais depuis novembre 1778 et que d’Estaing n’avait pas réussi à reprendre. Mais le lendemain 24 mars, jugeant l’île trop bien gardée par les 16 vaisseaux britanniques stationnés dans la baie de Castries, Duplessis-Pascau abandonne le projet et rentre au Fort-Royal trois jours plus tard le 27. Le 10 avril 1780, Guillaume Le Duic est envoyé à l’hôpital alors que Guichen repart le 13 et combat l’amiral Rodney quatre jours plus tard. On ne sait si Guillaume est du voyage ou déjà décédé à l'hôpital, aucun document ne l'indiquant précisément.
Le décès de Guillaume Le Duic en 1780 est en effet indiqué sans autres précisions que l'Amérique pour le lieu sur l’acte de mariage avec Marie Le Frapper le 23 ventôse an X (14 février 1802) de son fils Paul qui est dit alors « fils majeur et légitime de feu Guillaume Le Duic, décédé à l’Amérique en mil sept cent quatre vingt suivant extrait du Bureau des Classes & armements de la marine à Lorient en datte du onze février mil sept cent quatre vingt douze ».
On retrouve à peu de choses près la même formulation imprécise lors du mariage avec Hélène Thomé, le 26 janvier 1806, de son autre fils, Jean-Pierre Le Duic, l'acte précisant « marin, fils majeur et légitime de feu Guillaume Le Duic, décédé étant embarqué sur le vaisseau l’Intrépide suivant l’extrait mortuaire délivré au bureau de la Marine à Lorient ».
Pour finir, l’acte de mariage antérieur du 1er Pluviose an X (1er Janvier 1802) à Riantec de sa fille Geneviève Le Duic avec Alexis Pedro la donne bien comme « fille majeure et légitime de feu Guillaume Le Duic, marin décédé sur le vaisseau de l’Etat l’Intrépide en mil sept cent quatre vingt (v.s.) [vieux style] ». Ce qui le donnerait donc comme mort en mer avant l'explosion accidentelle de L’Intrépide qui brûlera dans la rade du Cap-Français en avril 1781.
De nombreux autres membres de la famille Le Duic ont été mobilisés dans la Marine Royale au fil des guerres royales comme celle de Sept Ans (1756-1763) pour laquelle s’embarque François, mort aux Indes en 1761 à 24 ans. Ils participent aux opérations et combats qui ont lieu sur les côtes françaises, dans l’Atlantique mais aussi dans l’Océan indien : Dominique, né en 1748, est débarqué malade de la Consolante à l’hôpital de l’Île de France (aujourd’hui Maurice), à Port-Louis, en mars 1779, et Jean-Baptiste, embarqué sur l’Hannibal de 50 canons devient second maître et participe aux actions du bailli de Suffren de Saint-Tropez autour de Pondichery avant de décéder, malade, à Trinquemalé en 1783 âgé de 31 ans.
Plus particulièrement, pour la Guerre d’Indépendance américaine, entre 1778-1783, on décompte six Le Duic embarqués dont quatre meurent, Guillaume compris, les trois autres étant : Charles, né en 1753, mort aux Antilles à 26 ans en 1779, Dominique, né en 1748, mort vers le Cap de Bonne Espérance à 30 ans en 1778 et Jean-Baptiste, né en 1752 et mort à Trinquemalé, à Ceylan, à 29 ans en 1783. Le 18 mai 1775, François Le Duic, né en 1744, embarque à Lorient comme quartier-maître sur le Comte de Menou, corvette de 10 canons montée par 124 hommes qui rejoint l’escadre de Brest et descend jusqu’à la Corogne en protection des côtes françaises et espagnoles voisines. Le 1er janvier 1781, il est recruté à Brest comme l’un des treize contre-maîtres du Saint-Esprit, vaisseau de 80 canons commandé par le marquis de Chabert qui va participer en 1781 derrière le Ville de Paris de l’amiral de Grasse à l’une des plus brillantes campagnes de l’histoire maritime française, du Fort Royal de la Martinique à Tobago, en passant par la Grenade, puis au Cap-Français où se fait le 26 juillet la grande réunion générale pour l’intervention décisive dans la baie de Chesapeake à l’origine de la victoire de Yorktown.
1Christian Duic, La famille Le Duic. Trois siècles d’aventures maritimes et de pêches en Bretagne Sud, Champcueil, auto-édition, 2002
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