A l'heure où se préparent de nouvelle élections municipales, il est grand temps aujourd'hui pour les candidats potentiels de songer sérieusement à œuvrer positivement à Bordeaux dans un domaine qui a jusqu'ici été abandonné avec une certaine légèreté par les autorités culturelles et sociales locales à l'expression de revendications militantes associatives qui seules ont été prises en considération malgré les multiples mises en garde émanant de quelques rares intervenants qualifiés sur ces questions patrimoniales, les historiens bordelais principalement.
Avant même que la question ne fasse la Une de l'actualité, deux d'entre eux seulement y avaient travaillé au sein du Centre d'Histoire des Espaces Atlantiques de l'Université de Bordeaux IV, fondé et dirigé par le regretté Paul Butel, auteur notamment de l'ouvrage Les Dynasties bordelaises de Colbert à Chaban, Paris, Perrin, 1991 et d'une Histoire des Antilles françaises, XVIIe-XIXe siècle, Perrin, 2002, ainsi que l'auteur de ces lignes, Jacques de Cauna, Au Temps des Isles à Sucre, Paris, Karthala, 1987, et L'Eldorado des Aquitains, Gascons, Basques et Béarnais aux Îles d'Amérique, XVIIe-XIXe siècle, Biarritz, Ed. Atlantica, 1998.
En 2005, au moment de former un Comité de réflexion sur la traite des noirs à Bordeaux "composé d'experts et de personnalités" sur une question soudainement devenue d'actualité nationale, quatre experts : un archiviste, un politologue - très rapidement démissionnaire, dès la première réunion - et deux historiens seulement - dont un seul spécialiste de l'esclavage, l'auteur de ces lignes, démissionnaire la veille de la remise du rapport - furent pris en compte pour représenter leur discipline et donner une apparence de caution scientifique à ce comité municipal aux côtés de dix "personnalités" issues de la société civile : religieuses, économiques, politiques et associatives... ces dernières focalisant rapidement le débat, comme c'était prévisible, sur l'exigence d'un "devoir de mémoire" alimenté par leurs revendications militantes face aux autorités pour aboutir à une satisfaction bien pensante aux dépens de la l'indispensable rigueur scientifique nécessaire au traitement serein de ce type de sujet sensible.
On se doute de l'orientation prise dès lors et de ses conséquences pendant les vingt années qui ont suivi la remise au Maire de la ville en Mai 2006, à l'époque M. Hugues Martin, du rapport du comité de réflexion mis en place un an plus tôt sous la présidence de M. Denis Tillinac et auquel Monsieur le Maire m'avait pressé instamment par appel téléphonique d'apporter ma participation rendue "obligatoire en tant qu'historien et bordelais de naissance..." (dixit ! comment résister à cela ?). Rapport dont, malheureusement, il ne me fut pas donné connaissance par ses rédacteurs avant sa remise, alors même que je l'avais abondamment alimenté non sans subir quelques pillages malvenus sous couvert d'échanges à sens unique..., ce qui provoqua ma démission le jour même (refusée par Monsieur le Maire) mais ne m'empêcha pas, malgré quelques tracasseries protocolaires, de participer au mieux dans les meilleures conditions à la mise en place de la grande exposition permanente réalisée aux cotés du dynamique et attentif directeur du Musée d'Aquitaine, M. François Hubert, inaugurée en présence de quatre ministre par la délocalisation à Bordeaux le 10 mai 2009 pour la Journée nationale de la mémoire de l'esclavage, et présentée avec le succès qu'on connaît au public bordelais national et international (voir le catalogue bilingue Bordeaux au XVIIIe siècle, le commerce atlantique et l'esclavage, Bordeaux, Ed. Le Festin, 2010).
Il me revient aujourd'hui, vingt ans après, d'intervenir à nouveau publiquement après avoir publié pour mémoire la teneur complète de mon propre rapport sur la traite bordelaise et l'esclavage dans l'ouvrage Fleuriau, La Rochelle et l'esclavage Trente cinq ans de mémoire et d'histoire, Paris, Les Indes Savantes, 2017.
Les actions menées à Bordeaux et en Nouvelle Aquitaine, notamment les poses de plaques en ville, au 44 rue Fondaudège, et au Parc Toussaint Louverture (rive droite) ainsi qu'à La Rochelle, Buanes (Landes) et plus récemment à Astaffort et bientôt à Agen (à l'initiative de Gabriel Osson), ainsi qu'aux autres marques mémorielles (statues, bustes, identification de tableaux...) se poursuivront dans le bon sens contre vents et marées. On en a eu la claire démonstration à Astaffort comme le montrent les plaques imagées avec portraits sous copyright posées sur les maisons de Placide et Rose Louverture qui devraient servir de modèle à ce que l'on pourrait faire à Bordeaux si l'on veut bien en prendre la peine. Voir, pour en savoir plus, notre dernier ouvrage Toussaint Louverture, Bordeaux et l'Aquitaine. Histoire, famille, mémoire, Ed. Artcompo, Liège (Belgique), 2023).
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c'est dans ce cadre que la Chaire d'Haïti à Bordeaux lance, pour commencer, dans un esprit de reprise en main, l'appel suivant à une première réaction d'envergure dans le bon sens aux personnalités politiques concernées et au public en général.
Liste de première urgence des 12 plaques de rues à poser ou remanier à Bordeaux
(extraite de Jacques de Cauna, Liste des Bordelais(es) et Aquitains(es) qui ont aidé à l’abolition de l’esclavage et/ou l’émancipation des hommes de couleur… Et qui, à ce titre, mériteraient d’être honorés dans leur ville par un nom de rue ou de place présentant une plaque explicative, Blog de la Chaire d’Haïti à Bordeaux, 9 Février 2026).
Les noms suivants (rues ou places) sont proposés :
Rue Alexandre Sabès dit Pétion, président fondateur de la première république noire (Haïti), fils d'un Bordelais (portrait disponible © J de Cauna ).
Rue André-Daniel Laffon de Ladebat, précurseur et porte-drapeau de l’abolitionnisme (portrait disponible © Musée d'Aquitaine Bordeaux).
Rue de La Merci, couvent des Mercédaires, libérateurs des esclaves, Bordeaux (plaque explicative illustrée à réaliser sur les Barbaresques).
Rue Etienne de Polvérel, commissaire civil libérateur des esclaves d'Haïti, Bordeaux (id. portrait à rechercher ou illustration)
Rue Mallet Bon Blanc, libérateur des esclaves signataire de l’acte d’indépendance d’Haïti (id.)
Rue Michel Eyquem de Montaigne (plaque explicative illustrée à réaliser).
Rue Montesquieu, Charles-Louis de Secondat, baron de, Bordeaux, La Brède (id.).
Rue Martinez de Pasqually, Jacques de Livron de La Tour de Lacaze, Bordeaux (id.).
Rue Jérôme-Marie Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux en 1789, abolitionnisteportrait disponible © J de Cauna)
Rue Vincent Ogé, leader des hommes de couleur d'Haïti élevé à Bordeaux, martyr de l'Egalité, portrait disponible © J de Cauna)
Rue Isaac Louverture, fils du général noir, Bordelais d’adoption (plaque déjà posée rue Fondaudège, à remanier, portrait disponible © J de Cauna, affichage souhaitable).
Rue Gragnon-Lacoste, avocat bordelais abolitionniste, exécuteur testamentaire d’Isaac Louverture, portrait disponible © J de Cauna
Ainsi qu’une résolution rapide de la question ancienne récurrente relative à l’Impasse Toussaint Louverture (avec portrait du Grand Précurseur © J de Cauna 1989, disponible). Et d'autres listes de propositions de nominations de rues et plaques pédagogiques à venir).
(Commentaires et contacts-réponses disponibles sur ce blog ou à l'adresse jdecauna40@aol.com).