Commémoration du 250e anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis. L'amiral de Grasse et les Cincinnati
Cérémonie militaire au monument de Grasse des Cincinnati au Trocadéro en 2004, année de réception de Patrick de Borda. Sous la présidence du général marquis de Roquefeuil.
Les célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis ont atteint leur point d'orgue tout naturellement le 4 juillet 2026, jour de la fête nationale, deux siècles et demi très précisément après la signature de la Déclaration d'indépendance de 1776. Mais à côté de festivités grandioses en de nombreux lieux de la planète et en particulier dans l’espace américain, cet événement historique majeur a donné lieu à l’apparition d’importantes revendications d’ordre mémoriel, notamment à Philadelphie, en lien avec le sujet toujours brûlant des réparations de l’esclavage. Politiquement et diplomatiquement, la France s’est aisément positionnée dans le programme Freedom 250 en sa qualité originelle historique incontournable de meilleure « grande amie » et « première alliée » des Etats-Unis mettant en avant des doctrines, monuments et figures clés telles la statue de la Liberté et surtout le trinité amicale historique La Fayette-Washington-Rochambeau dans laquelle l’amiral de Grasse ne figure que très rarement en France en dernier lieu, en remplacement du héros américain.
Il fallut en effet un certain temps pour que les suites délétères de la lourde défaite des Saintes – comme vingt ans plus tard celles de la capitulation de Rochambeau à Saint-Domingue – finissent par ne plus obscurcir la fin de vie du Libérateur de l’Amérique (selon le titre de la brochure biographique de G. de Raulin1) que l’on voulait rendre coupable du désastre. L’amiral de Grasse, ce géant de près de deux mètres, ayant échappé par miracle sans blessures à une puissance de feu quatre fois supérieure à celle de son vaisseau amiral le Ville de Paris, isolé par le non-respect de ses consignes de combat en ligne, eut à subir l’humiliation d’une capitulation, puis celle de la captivité à Londres et pour finir d’un procès à son retour en France face à ses subordonnés dont seul le béarnais Charles de Charritte sortit avec les honneurs, absous et déchargé de toutes les accusations possibles, ayant manoeuvré honorablement pour joindre l’amiral porte pavillon en position de grave infériorité. Bien qu’entièrement acquitté en fin de compte, de Grasse dut subir le mécontentement de Sa Majesté et l’exil dans son château de Tilly où il mourut relativement jeune sans être rappelé au service, disgrâce définitive. Son fils unique subit un sort du même type, poursuivi par une apparente malchance héréditaire.
Après la table-ronde de l’an dernier présentant Les Rochambeau, leurs proches et les lumières américaines dans la tradition des congrès de la Fédération des Académies de Gascogne ouverts depuis une dizaine d’années et toujours avec le concours éclairé de Nathalie de Rochambeau, la rencontre du samedi 26 septembre 2026 en son siège du château de Caumale devrait permettre de rendre l’hommage qu’il mérite à l’amiral de Grasse comme le fait la Société des Cincinnati de France chaque année à Paris au pied du monument du Trocadéro depuis qu’elle avait fait apposer le 19 octobre 1931, pour le 150e anniversaire de la capitulation de Yorktown, une grande plaque commémorative en l’église Saint-Roch dont voici la teneur :
A la mémoire du comte de Grasse
L’an mil sept cent quatre-vingt-huit, le seize janvier, a été inhumé en cette église le corps de François-Joseph-Paul, comte de Grasse, marquis de Tilly des Princes d’Antibes, Lieutenant général des Armées navales, commandeur de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, membre de la Société de Cincinnati, né au château de Bar, près Grasse, le 13 septembre 1772.
décédé à Paris, le 14 janvier 1788
Par la victoire navale qu’il remporta sur les Anglais à la Chesapeake le 5 Septembre 1781, le comte de Grasse rendit possible la capitulation de Yorktown assiégé par l’armée franco-américaine sous les ordres du général Washington et du lieutenant-général comte de Rochambeau. Ainsi il acquit avec eux la gloire immortelle d’assurer l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique.
Requiescat in Pace
Cette plaque commémorative a été placée par les soins de la Société des Cincinnati de France le 19 octobre 1931, cinquantième anniversaire de la capitulation de Yorktown et en souvenir de ce fait d’armes dont les conséquences sont incalculables.
Rien de plus vrai que cette dernière appréciation !
1 G. de Raulin, de Grasse. Le Libérateur de l’Amérique, Paris, Ed. J. Susse, 9 rue Richepanse, 1931.
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