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Hommage-Fouchard-2.jpgQuelques souvenirs réveillés par une vieille photo… C’était il y a bien longtemps, dans une autre vie, le 29 mai 1988, il y a exactement 22 ans à l’Institut Français d’Haïti, alors situé au Bicentenaire, dans le bas de la ville de Port-au-Prince que n’avait pas encore frappée le séisme…

Le président de la République nouvellement élu le 7 février, après deux ans de transition post-duvaliériste contrôlée par l’armée, Leslie Manigat, au terme d’un remarquable discours (lire l’article du Progressiste annexé en images), remettait en grande cérémonie au doyen de la Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie, l’historien Jean Fouchard, entouré de ses confrères membres du bureau de la Société, les insignes de Grand-Croix plaque d’argent de l’Ordre National Honneur et Mérite de la République d’Haïti.

Administrateur et conseiller au bureau de la Société et premier blanc français à être élevé à cette redoutable responsabilité, j’eus l’honneur, très jeune encore, d’être mêlé à ces événements et de figurer à ce titre sur cette photo historique (malgré quelque approximation sur mon nom !), le troisième à partir de la gauche, entre le Secrétaire Georges Corvington et le regretté Président Alain Turnier. On reconnaît aussi, à l’extrême gauche, Laurore Saint-Just, malheureusement décédé également, au Québec, au centre le Président Manigat, à sa gauche, l’immortel auteur des Marrons de la Liberté, Jean Fouchard, puis l’imprimeur Henri Deschamps fils et René Piquion, membre de la Société.

Le professeur Manigat, universitaire internationalement reconnu et estimé, lui-même membre actif de la très ancienne Société, fondée au XIXe siècle dans l’esprit qui avait présidé dans les dernières années de l’Ancien Régime à la création du Cercle des Philadelphe du Cap, première société savante des Amériques, devait être renversé moins d’un mois plus tard, le 20 juin, par le coup d’état militaire du général Henri Namphy, premier d’une longue série, au moment même où je m’envolais pour Paris afin de plaider la cause du nouveau gouvernement, formé de nombreux membres de notre Société mais peu soutenu par notre ambassade, auprès du ministre de la Coopération français, Jacques Pelletier auprès de qui des amis de tous ordres (historiens, politiques, et même sucriers) m’avaient recommandé personnellement. Avec la chute de Leslie Manigat, dont  je ne pus que rendre compte dans les bureaux ministériels, disparaissait une chance d’évolution du pays vers un régime civil démocratique mené par un homme éclairé pour faire place aux régimes militaires autocratiques qui précédèrent la nouvelle dictature civile meurtrière du prêtre-président Aristide, seulement  interrompus par l’intermède démocratique de près d’un an (18 mars 1990-17 février 1991) assuré avec l’aide des généraux Abraham et Hilaire et l’appui des instances internationales par la courageuse présidente intérimaire Madame Ertha Pascal Trouillot, première femme présidente du pays au moment où les hommes qui la précédaient dans l’ordre protocolaire d’intérim de la Cour de Cassation s’esquivaient à tour de rôle avec des alibis divers. J’eus le plaisir de retrouver le président Manigat peu de temps après, dans son exil en France, lors d’une manifestation officielle dans le superbe amphithéâtre de la Sorbonne où nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre pour le traditionnel abrazo latino-américain, au grand étonnement de l’assistance, alors qu’il occupait une place réservée aux invités d’honneur au premier rang.

Un peu plus de deux ans plus tard, en juillet 1990, je quittai le pays pour un nouveau poste diplomatique qui, après quelques péripéties, me ramena tout près d’Haïti, comme Conseiller culturel, scientifique et de coopération de l’Ambassade de France à Kingston, Jamaïque, et auprès du Commonwealth des Bahamas. J’avais entretemps fondé, avec Jean Fouchard pour président, le Comité Haïtien du Bicentenaire de la Révolution française dont  j’assurais le secrétariat-général et qui fut à l’origine de nombreuses manifestations remarquables parmi lesquelles un grand colloque historique international de plus de deux cents intervenants tenu à l’Institut Français. Ces activités me valurent le plaisir et l’honneur de connaître et de fréquenter, trop brièvement hélas, l’un des hommes les plus remarquables qu’il m’ait été donné de rencontrer, Michel Baroin, accompagné de son jeune fils, François, aujourd’hui ministre, qui vint me rencontrer en Haïti pour évoquer durant tout une journée les célébrations à venir, à peine nommé de manière très œcuménique par une lettre signée à la fois du président François Mitterrand, du premier ministre Jacques Chirac et du président du Sénat René Maunoury, à la tête de la Mission interministérielle du Bicentenaire, en succession d’Edgar Faure dont le Secrétaire général du Haut Conseil de la Francophonie, Stélio Farandjis, m’apprit qu’il avait formé le même projet dans la semaine qui précéda son décès. Je reviendrai plus tard sur cette rencontre avec Michel Baroin, tragiquement disparu peu après dans un mystérieux accident d’avion en Afrique après m’avoir confié pour publication quelques pages à faire paraître dans Conjonction, la Revue franco-haïtienne de l’Institut Français d’Haïti dont j’étais alors rédacteur en chef. Pages qui furent censurées à peine imprimées par notre ambassadeur en poste, Michel de La Fournière, sans doute pour des raisons d’ordre politique, mais aussi personnelles (il était lui-même historien de formation), puisque je représentais alors en Haïti l’ancien Premier ministre Raymond Barre, candidat à la présidence.

A mon départ d’Haïti, la présidente Ertha Pascal Trouillot me remit à mon tour, pour services rendus à la première république noire du monde, les insignes de Commandeur de l’Ordre National Honneur et Mérite de la République d’Haïti, que je porte toujours avec fierté et émotion, étant aujourd’hui le seul Français vivant parmi les quatre à en avoir été honorés, et qui plus est, ne les ayant pas reçus par les dictateurs Duvalier ou Aristide. L’ambassade de France, auprès de laquelle j’étais alors attaché linguistique, m’inscrivit aussitôt, pour ne pas être en reste, sur la liste de la prochaine promotion des Palmes Académiques, reconnaissance tardive qui ne me parvint officiellement qu’après mon retour en France. La remise d’insignes, qui de ce fait ne put avoir lieu au milieu de mes amis haïtiens et français d’Haïti, fut toutefois célébrée à La Rochelle et les insignes remis par Colette Chaigneau au nom de Michel Crépeau aux côtés de qui j’avais œuvré dès 1980 à la fondation du Musée du Nouveau-Monde dans les locaux de l’hôtel Fleuriau et au démarrage et à la mise en place, en liaison avec son conseiller culturel de l’époque, l’actuel maire, mon ami Maxime Bono, de toute une série d’actions innovantes de coopération avec Haïti, parmi lesquelles le jumelage de l’hôpital français de Port-au-Prince et de celui de La Rochelle où l’on peut voir encore mon nom sur la plaque commémorative de cette action.

J’appris peu de temps après les décès successifs et très rapides de mes confrères et amis Jean Fouchard, Alain Turnier et Laurore Saint-Juste, bientôt suivis par celui de Gérard Laurent qui avait succédé à Alain Turnier à la présidence, puis de son successeur Roger Gaillard que j’avais recommandé peu de temps auparavant auprès de Stelio Farnadjis et de son adjoint, fils de l’ex ambassadeur de France en Haïti François-Claude Michel, pour le siège d’Haïti resté vacant au Haut Conseil de la Francophonie.

Mon grand ami Georges Corvington a survécu par miracle dans sa belle maison de famille de la rue Chériez à l’épouvantable séisme qui a ravagé Port-au-Prince le 12 janvier dernier et endeuillé tant de familles. Il continue à se dévouer pour la Société, comme il l’a toujours fait si admirablement et discrètement, contre vents et marées, et l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (encore une  aventure de jeunesse sur laquelle je reviendrai…) a fort heureusement  entrepris la sauvegarde de sa bibliothèque et de ses archives.

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                                                                                                          Jacques de Cauna

Sur tous ces points, et notamment pour un tableau de la succession des présidents d’Haïti depuis l’indépendance, voir ma communication « La Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie dans la phase dite « de transition démocratique » en Haïti (1986-1990) », dans Sylvie Guillaume (dir.), Les associations dans la francophonie, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2006, p. 43-62.

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