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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 17:20
Au secours Toussaint !
Au secours Toussaint !

Une semaine en demi-teinte pour la mémoire de l'esclavage à Bordeaux (autour du 10 mai, journée officielle de commémoration)

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y eut des hauts et des bas ! Commençons par les mauvaises nouvelles :

J'ai appris tardivement – comme tout le monde – que le programme à venir dans la semaine qui suivait mettrait à l'honneur un hommage à Haïti et à Toussaint Louverture. C'était donc une sorte de remake à une douzaine d'années de distance de la première édition de la journée de la mémoire de l'esclavage en 2006, mais qu'importe, cela aurait pu être à nouveau une bonne nouvelle ! A la seule différence près que la nouvelle commission organisatrice n'a pas souhaité cette fois s'appuyer sur les structures et personnalités haïtiennes existantes : universitaires (Chaire d'Haïti Ciresc Cnrs à Bordeaux, professeur Jacques de Cauna), associatives (association des étudiants haïtiens Lakay, professeur Raphaël Lucas, membre du groupe Horizons Caraïbes (ex Caraïbes Plurielles…), d'ailleurs absentes dès le début dans sa composition. Et pour ce qui est de Toussaint Louverture, il est par ailleurs tout à fait symptomatique d'un certain état d'esprit que nos autorités n'aient pas songé une seconde à citer quelque part le récent ouvrage sur le Grand Précurseur édité par les Editions Sud-Ouest et écrit par un historien bordelais. On est bien obligé d'en tirer certaines conclusions désagréables...

Parmi les autres déceptions marquantes :

- Pas un seul Haïtien au colloque international des VIIe Rencontres Atlantiques du Musée d'Aquitaine et pas un historien d'Haïti dans le Comité scientifique de ce colloque malgré la présence (initiée par le Comité de 2006) parmi les organisateurs du Ciresc où il existe au moins un spécialiste du sujet (relation de cause à effet ?). Difficile à accepter pour la première république noire du monde et ceux qui s'y intéressent vraiment et sont reconnus pour cela.

- Compte tenu sans doute de l'aide fournie à la Mairie pour certains textes, une vague proposition de « débat » avec un collègue parisien, vite transformée en présentation promotionnelle à voix unique du dernier ouvrage de ce collègue appelé à se déplacer de Paris aux frais du public bordelais pour l'entretenir du Noir dans l'art en général. Et pourquoi pas de Toussaint Louverture, sans frais, par un historien bordelais, à défaut de « débat » ?

- Un regain de récriminations à ambitions moralisatrices sur l'exposition du Musée d'Aquitaine inaugurée il y a dix ans sans justifications sérieuses ni autre explication possible que de mauvaises lectures assises sur une grosse ignorance historique et sans doute quelque aigreur personnelle ou manque à satisfaire. Il s'agit notamment d'une attaque largement relayée sur un prétendu cartel « révisionniste » lié à la présence de Noirs et Gens de couleur à Bordeaux (surtout lorsqu'ils sont libres). La dénonciatrice (romancière de son état) serait bien inspirée de faire très attention à tout ce qui peut relever d'une lecture rapide, lacunaire ou approximative, ou de possibles confusions et absences de nuances semblables à celles que pratique habituellement son principal soutien idéologique lorsqu'il dénonce la présence de noms de rues de négriers à Bordeaux. Il existe par exemple dans cette ville une rue Garat. Faut-il dénoncer ici le rappel de l'alter ego de Maurice Papon, Pierre Garat, chef des questions juives à Bordeaux sous Vichy et organisateur de leur « triage » et déportation (puisqu'elle emploie malencontreusement ce terme) ? Ou alors évoquer les frères basques abolitionnistes de ce nom ? On conviendra qu'on ne peut pas tout mettre dans le même sac « familial ».

- L'absence de retour des responsables en matière de reconnaissance de l'aide historique apportée (corrections et ajouts sur demande à divers textes soumis hors commission). Notamment pour la rédaction de la notice « Toussaint Louverture » reproduite sans la moindre mention, en particulier pour la citation finale extraite directement de mon dernier Toussaint Louverture. mais aussi pour la rédaction d'une notice du Jardin botanique sur les armes d'Haïti et le palmiste de la Liberté (sans autres nouvelles à ce jour). Et pour quelque mises en garde sur le sérieux et l'opportunité de certains sujets et de leur traitement. L'histoire n'est pas disponible en rayon dans un supermarché.

- Et notamment, en particulier, le maintien et pérennisation de la supercherie historique concernant Modeste Testas, sur le mode états-unien de Roots. Même si l'idée saugrenue de la représentation du prétendu buste de l'esclave sous les traits d'Antoinette Lespérance, mère née libre du Président Légitime, a été abandonnée en fin de compte. Mais alors, pourquoi ne pas en avoir tout simplement expliqué publiquement la raison telle qu'elle avait été exposée ? Je note au passage que personne parmi les auteurs de cette innovation n'est venu m'en reparler ce jour-là, pas plus que dans ceux qui précédaient.

- Sans oublier la présence incongrue lors de l'habituelle cérémonie dans la ligne des officiels de M. K. Diallo venu en dernière minute en grande tenue de gala africaine. Y avait-il été invité ? Fallait-il y voir une évocation du rôle des chefs africains dans la traite, toujours oublié ? Ou une « reconnaissance » semblable à celle exprimée par notre ancien maire dans son Dictionnaire amoureux de Bordeaux à l'article « Esclavage » où il est le seul nom cité (par deux fois) avec celui du Nantais auteur de Bordeaux port négrier ?  Que doivent penser de tout cela les Antillais de Bordeaux et ceux qui ont travaillé sur le sujet depuis de longues années ?

On a du mal à trouver face à cela quelques points positifs, mais ils existent heureusement :

- La belle réussite de l'ensemble des manifestations commémoratives du Bicentenaire de la fondation de Cienfuegos par le Bordelais Louis de Clouet (pourquoi pas une rue à son nom ?), initiative associative avec soutien universitaire.

- Et notamment le brillant colloque international Bordeaux et Cuba. Des liens historiques aux coopérations innovantes tenu à l'Institut Cervantes à l'initiative de nos collègues Mélanie Moreau, Eric Dubesset et Jean Lamore, ainsi que la grande soirée-débat Quand Bordeaux rencontre Cuba à l'Utopia (salle comble) avec la projection des deux films De Bordeaux à Cuba, une aventure oubliée, de Bernard Bonnin et Francis Lambert (visible sur la nouvelle chaîne télévisée Noa), et Cuba, la mémoire libérée, de Ghislaine Graillet que nous avions déjà eu l'occasion de présenter au château de Caumale pour un congrès de la Fédération des Académies de Gascogne et au Musée d'Aquitaine.

- Les deux excellents colloques universitaires sur les Transmissions dans la Caraïbe et sur Bordeaux et Cuba, avec naturellement la présence de collègues antillais invités, principalement de Cuba, Martinique, Guadeloupe, Guyane, îles anglaises.

- Quelques bonnes interventions enfin au colloque Sémiophores de la traite et des esclavages des 7e Rencontres Atlantiques au Musée d'Aquitaine.

- Et pour finir, la reprise, en forme de récupération anonymisée des sources, comme d'habitude, de quelques bonnes idées que nous avons pu suggérer depuis quelque temps, avec en premier lieu la création de noms de rues d'abolitionnistes. A suivre... en espérant qu'on y trouvera encore à l'avenir quelque intérêt.

 

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